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Jeff Sharel

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Crédit photo : © Myriam Hubert

Biographie


En dehors des modes, mais jamais à côté de son époque, Jeff Sharel navigue sur une autre planète musicale. Au début des années 90, la techno arrive, et l’incompréhension qu’elle subit aussi. Qu’importe, le grenoblois succombe. A la fin de la décennie, le mouvement trouve enfin sa reconnaissance et la French Touch cartonne. Et où est-il ? Loin de là, aux Etats-Unis, sur le label Statra (pour son premier album) puis en Afrique (avec Frédéric Galliano puis Julien Lourau) où il explore les mariages entre électronique et musiques organiques (jazz, afrobeat). Aujourd’hui, alors qu’une frange de la techno s’éprend à son tour de la pop et des instruments, Jeff Sharel refuse et revient à un tout électronique avec son second album Résistances. 


Mais revenons au début.
Avec des parents commerçants, la musique ne règne pas dans la sphère familiale. A sept ans, le voilà pourtant inscrit à des cours d'accordéon. Une activité comme les autres ? Pas pour l'enfant. C'est le déclic et le voilà qui enchaîne piano et batterie jusqu¹à l'âge de 20 ans, passant même deux ans au conservatoire de la région. A côté, il s'éprend de T.Rex, Madness, Brian Eno,David Bowie et participe à ses premiers groupes de lycée. Mais la musique n'est que hobby, le jeune homme rêve de peinture et il s¹inscrit aux beaux-arts une fois le bac passé. C'est alors que la révélation, la vraie, se produit. Il ne s'agit pas de Van Gogh, ni de Gustav Klimt, mais d'un jeune étudiant londonien nommé Chris, fraîchement débarqué sur le continent, les yeux encore tout émerveillés par l'arrivée de la techno au Royaume-Uni. " Trop d'abus, il avait pris le Summer of Love de 1988 en pleine face. Ses parents l'avaient puni en l'envoyant à Grenoble ", sourit aujourd'hui Jean-François. Manque de chance, Genève n'est qu'à trois heures et demi de route et la ville suisse, elle, danse déjà au son des warehouse underground. Il suit ce nouvel ami : " je découvre les raves, une période magique, une euphorie insoupçonnable me gagne ". Tout bascule : pendant quatre années, de 18 à 22 ans, chaque week-end est consacré à l'aventure d'une nouvelle rave. On The Road... Les conséquences ne se font pas attendre. " Je lâche les autres musiques, revends mes instruments et m'achète des machines... " L'épopée des raves se calmera peu à peu, quand ces dernières gagnent l'hexagone. " Les ambiance y étaient parfois glauques, la musique trop dure. Je ne m'y retrouvais plus. J'ai réalisé que ce qui me plaisait, c'était cet esprit house et club qu'il y avait en Suisse ". Il se réfugie alors dans la composition, sans références aucunes, à l'exception de souvenirs de soirées ou des disques que Chris lui fait écouter. " C'est lui qui me pousse à envoyer mes démos". Le résultat : Omnisonus craque et il sort en 1995, sous le pseudo Jeff Sharel, " du nom de ma rue, Charrel ", un premier maxi éponyme. Une musique très house, éprise d'une chaleur club et où apparaissent déjà des éléments deep et jazz. " On m'a dit que j'avais un son new-yorkais. Je ne savais pas ce que c'était... Du coup, pour la première fois, je me suis intéressé à des artistes de cette ville mythiques, Joe Clausell, The Masters At Work, Lil' Louis, finger inc.. et j'ai commencé à acheter mes premiers disques. " Son second maxi, Know Things, sort deux ans plus tard chez What's Up. L'évolution est notable, les instruments classiques (piano, voix) ont réapparu et Jeff a accentué sa patte jazz et organique. " La grande période dancefloor est dernière moi. Je plonge dans les Coltrane, Duke Ellington James Newton ou Chico Freeman, c'est ma seconde claque après l'électronique. " Intervient alors une rencontre, déterminante, celle d'un jeune musicien nommé Frédéric Galliano. Ce dernier lui fait partager sa passion pour l'afrobeat, une amitié se tisse et les deux hommes s'embarquent pour Dakar en 1998. Sans le savoir, ils y découvriront les premiers artistes du futur label de Frédéric, Frikyiwa. " Avec lui, j'intellectualise un peu plus ma démarche, j'acquiers des références musicales plus précises et l'idée de faire un album arrive. " Il s'atèle à la tâche. La French Touch est en pleine effervescence. Jeff ne la verra pas, " cela ne me concernait pas ", et il sort son premier album, Jeff Sharel, sur le label new-yorkais Statra. Ce disque résume le parcours du jeune homme : il conjugue instruments classiques et électronique, danse et écoute, house et jazz avec notamment le morceau Tribute Final, un hommage rendu à l'album On The Corner de Miles Davis. " La house était devenue une musique formatée. Avec cet album, j'ai souhaité explorer de nouveaux territoires. " Le disque sort, marche aux USA, pas en France, et ce malgré un bon accueil critique. Qu'importe, Jeff est déjà sur un nouveau projet : il participe à l'album Gambit du jazzman Julien Lourau, un disque qui entre jazz et drum n'bass s'éprend de climats africains ou orientaux, puis s'embarque avec lui pour une longue tournée, qui l'emmène de l'Afrique à l'Amérique latine. Deux ans sur les routes, pendant lesquelles il rejoint aussi le roi de l¹afrobeat Tony Allen (le batteur de Fela Kuti), pour qui il produit un titre de la série Allenko Brotherhood Project (sur Comet), et qu¹il épaule ensuite en concert. Et, histoire de n¹avoir définitivement plus de temps libre, Jeff retrouve Frédéric Galliano pour des lives effectués avec les artistes africains de Frikyiwa, puis travaille avec les élèves du conservatoire d'Amiens sur un concert où se rencontreront jazz et électronique. Ouf, l'année 2002 arrive et l'heure de penser à soi aussi. Les collaborations s'arrêtent et le Grenoblois compose son nouvel album, Résistances, qui parait aujourd'hui. Un album personnel où les influences du passé n'apparaissent plus de manière évidente : house, dub et afrobeat ont été digéré, assimilé et murmurent et dansent désormais ensemble, sans séparation flagrante. Un disque conduit par le travail sur la matière sonore. Envoûtante, chaleureuse, elle crépite et accueille les voix de la new-yorkaise Astrid Suryanto (I Want Come et Show Your Face), du Belge David Linx (Résistances) et de l'Africain Ali Boulo Sento (Dounia). Un disque, enfin, où l'électronique domine : " le but de l'album est aussi de contredire les pontifes actuels, selon lesquels il n'y aurait plus d'intérêt dans la musique électronique. " S'il y avait besoin d'une preuve du contraire...